Notre avenir s'appuie sur des productions de qualité

Journal Avenir Aquitain
17/12/2010
L'avenir Aquitain 17 décembre 2010

l'Avenir Aquitain | Cudos
Vendredi 17 décembre 2010
par Geneviève Marcusse-Artigue

Nadia et Laurant Bordes | Rubrique Jeunes Agriculteurs - page 20

"Notre avenir s'appuie sur des productions de qualité"

Page Avenir Aquitain du 17 décembre 2010

Des agriculteurs produisent du foie gras en Gironde. En cette veille de fêtes, Nadia et Laurent Bordes nous ont accueillis sur leur exploitation. Visite.

Mercredi 15 décembre. En cette fin d'après-midi, la nuit commence à tomber sur le sud Gironde. Nadia et Laurent Bordes, jeunes agriculteurs sur la commune de Cudos, vont bientôt commencer le gavage de leurs 170 canards.

Solidarité entre éleveurs

Mais avant cela, tout un préparatifs doit être mis en place. Il leur faut d'abord extraire de l'autocuiseur les 80 kilos de maïs mis à cuire le matin même, remplir une dizaine de seaux et mettre du paillage pour rajeunir la litière. Et c'est seulement lorsque tout sera fin prêt que le gavage pourra commencer. A les voir si précis et réguliers dans leur approche, on pourrait penser que la production de gras a toujours fait partie de la tradition familiale. «C'est moi qui ai amenée la production sur l'exploitation. En fait, tout a commencé par un stage comptabilité à la coopérative Palmagri» s'amuse Nadia.

 
Gavage chez Nadia et Laurent Bordes - Avenir Aquitain 17-12-2010

Originaire du Lot-et-Garonne, Nadia n'avait jamais pensé devenir agricultrice. Elle se destinait au métier de comptable et pour cela il lui fallait faire un stage d'entreprise. La coopérative Palmagri fut son lieu de chute. Ce fut aussi la découverte de ce qui allait devenir son futur métier. «À Palmagri, j'ai découvert le travail en groupe, la solidarité entre éleveurs, la possibilité de pouvoir amener en commun notre production jusqu'au consommateur." se souvient Nadia.

Besoin d'être fier de ce que nous produisons

Sa rencontre avec Laurent jeune agriculteur installé en GAEC familial depuis 1999 allait faire le reste. L'exploitation d'une cinquantaine d'hectares en polyculture élevage-maïs, bovins viande de race bazadaise, tabac, blé - ne pouvait suffire pour assurer un revenu décent à toute la famille. Il fallait trouver une autre production. L'atelier de canards gras est arrivé à point nommé. «Avec Laurent, nous avons décidé d'essayer. De plus, sur nos petites structures, nous avons tout intérêt à nous consacrer à des productions de qualité car elles nous apportent une meilleure plus-value. Cela correspond aussi à notre mentalité. Nous avons besoin d'être fier de ce que nous produisons sinon, ce n'est pas la peine de se lever le matin !». Ainsi, en 2005, Nadia rejoint Laurent sur l'exploitation.

 

Deux lots par mois

Depuis lors, chaque mois, deux lots de 130 canards en moyenne sont gavés pendant dix jours chacun. Une heure le matin, une heure le soir, sans compter le travail de préparation pour la cuisson des 80 kilos du maïs nécessaire pour chaque gavage, mais aussi l'apport de paille fraîche pour la litière, la vérification de tous les abreuvoirs, de la ventilation... Autant d'actions pour un résultat optimum. «Souvent les gens pensent que les animaux souffrent. Mais pour avoir de bons résultats, nous devons apporter le maximum d'attention aux conditions d'élevage. Nous travaillons avec un peu d'amour» tient à souligner Nadia. Aujourd'hui, cette production est devenue majeure dans leur système d'exploitation. Elle le sera plus encore demain car ils comptent laisser tomber le tabac trop gourmand en main d'œuvre et d'un revenu aléatoire depuis la confiscation des aides européennes. «La production de canard gras nous apporte une sécurité de revenu par une rentrée d'argent régulière. Mais chaque médaille a son revers, cela nous oblige aussi à bien programmer tous les grands événements» explique Laurent.

 

La force du groupe

Adhérer à Palmagri, la coopérative des éleveurs gaveurs d'Auros, n'est pas un engagement ordinaire. Dans cette structure qui regroupe 22 adhérents, la coopérative est vraiment le prolongement de l'exploitation. Pour preuve, chaque producteur doit consacrer un jour de travail par semaine - pour l'abattage et la découpe- pour 45 canards apportés. De plus, trois fois par an, le technicien programme les dates des apports à la coopérative. Pour Laurent et Nadia, cela se traduit par deux lots de 100 à 160 animaux tous les mois - soit 20 jours de gavage. Ici tout est programmé comme un métronome. «Pour nos vacances par exemple nous nous calons sur le calendrier de Palmagri. Nous devons anticiper et tout prévoir au moins 6 à 8 mois à l'avance» explique encore Laurent. En cas de force majeure, les éleveurs se donnent un coup de main. «Cela fait la force de notre groupe. En plus, c'est sécurisant. Nous pouvons aussi faire appel au service de remplacement».

Aucun regret ? Nadia et Laurent se regardent, sourient. «On dit que les agriculteurs sont des râleurs. Pas nous!»

 
 

Palmagri, la coopérative des éleveurs gaveurs créée il y a 33 ans, produit 48 000 canards par an - soit 25 tonnes de foie et 200 tonnes de viande. Les produits sont commercialisés pour les trois quarts auprès d'une clientèle essentiellement particulière sur les points de vente de Auros, Pessac, Marmande, Langon et Bazas. 80 % de la production est commercialisée en produits frais, le reste en conserve.

 
L'avenir Aquitain 17 décembre 2010 | Geneviève Marcusse-Artigue